La texture du tableau
Celui-ci est plus intéressant et peut vous éclairer sur ce que je voulais dire par mon idée d’ « isoler les facteurs situationnels ». Imaginez-vous en tête-à-tête dans un pot relancé avec un flop Axx dépareillé. Vous avez sans doute déjà joué des centaines de mains qui correspondent à cette description, peut-être même des milliers. Quel est le pourcentage de chance qu’un de ces deux joueurs ait un As ? A quelle fréquence l’un des deux peut battre AK ? A quelle fréquence quelqu’un avec moins qu’un As misera-t-il sur ce flop ?... etc. Il y a tout un problème de théorie de jeu ici, sur ce simple tableau où les seules mains que les joueurs « devraient » avoir pour continuer sont paire max avec le kicker max ou un bon kicker, un set, une paire servie et la plus rare double paire.
Qu’en est-il d’un flop à deux couleurs, le genre avec aussi des tirages quinte (T85 ou 974 par exemple). Maintenant nous avons beaucoup de tirages, des tirages combinés, toujours des sets (il y a toujours des sets possibles), mais là si vous voyez de l’action qui ressemble à un jeu avec un set, méfiez-vous, ça pourrait plutôt être juste un tirage. Que signifie une mise sur ce flop ? Quelle différence y a-t-il avec ce que signifie une mise sur un flop Axx ? A quelle fréquence le relanceur préflop devrait-il miser sur ce flop ? A quelle fréquence doit-il s’attendre à être suivi ou à se faire sur-relancer ?
Combien y a-t-il de textures de flop ? Des douzaines ? Des centaines plutôt ! Et ils se ressemblent, se mélangent tous les un aux autres. Mais des questions comme « A quelle fréquence le relanceur au flop misera l’As ? » ou « A quelle vitesse un joueur avec JJ doit-il jouer sur un flop T85 à deux couleurs ? » sont partiellement déterminées par le type et le nombre de mains qui peuvent s’accorder à un flop donné.
Les schémas de mise
Parce que le NLHE est un jeu où vous pouvez miser n’importe quel montant n’importe quand, on pourrait penser qu’il y a des tonnes de façons de construire un pot. En fait, particulièrement parmi les joueurs décents, les mêmes schémas se répètent sans arrêt. Pensez au nombre de fois où une main se passe comme cela : relance préflop, suivie ; au flop le relanceur mise, il est suivi ; au turn le relanceur check, le suiveur mise, le relanceur se couche. Ou, tout le monde check jusqu’à une relance avec la position, puis mise/suivi, puis check/check, le joueur hors position mise, le relanceur se couche. Ou relance hors position, mise/suivi, check/check, mise/passe. Ou, mise/suivi, check/check, mise/suivi. Ou, mise/relance/suivi, check/mise/passe. Etc.
Il est plus facile de distinguer de cette façon les pots en tête-à-tête, mais des schémas se répètent aussi dans les pots familiaux. Certains schémas sont plus fréquents que d’autres. Je pense qu’il est instructif de réfléchir à ces schémas et à la fréquence à laquelle ils apparaissent, pour deux raisons. La première, parce que les schémas qui apparaissent le plus souvent sont aussi ceux qui correspondent aux situations qui ont le plus souvent lieu (des mains faibles à moyennes qui construisent et contestent un pot peu ou pas très important en taille). La deuxième, la plupart des gains vient de la création de gros pots avec de grosses mains, qui peuvent être plus facile à remporter si le coup est joué tranquillement. Mais cela peut être très difficile, particulièrement contre les bons joueurs.
La fréquence des mises
Dans le chapitre « schémas de mise », je parlais du point de vue d’un observateur sur tous les participants d’un coup, ici je veux mentionner la fréquence à laquelle un individu mise, suit, passe et relance. Il y a sur ce sujet une grande variété de théories, tel que : « Quel pourcentage du temps le relanceur préflop devrait-il miser au flop ? » (ou la fréquence optimale de n’importe quelle suite d’actions), mais je veux surtout parler de questions comme « Quel pourcentage du temps devrais-je (ou cet adversaire, ou celui-là…) miser au turn après avoir misé au flop et avoir été suivi ? Quel pourcentage du temps devrais-je miser à tous les tours de mise à la suite ? Quel pourcentage du temps devrais-je faire un check-raise au flop, puis miser au turn ? A quelle fréquence devrais-je miser à la river si j’ai misé au turn ? … etc. ».
Manifestement, le tableau change souvent du flop à la turn et de la turn à la river. Si un tirage se complète et que vous savez à 100% que votre adversaire était sur ce tirage, vous devriez faire un check/fold, et aucune fréquence à la noix ne devrait changer ça. Mais comme, quelques fois, vous devriez miser au flop malgré un tirage évident et que, quelques fois, votre adversaire vous suivra sans avoir ce tirage, alors, quelques fois, vous devriez suivre ou miser quand le tirage se complète à la turn (que vous l’ayez ou non). C’est à ce genre de choses que vous commencez à penser quand vous pensez aux fréquences d’actions.
Il y a-t-il des fréquences optimales pour toutes ces actions ? Peut-être, en quelque sorte dans un jeu théorique contre un adversaire jouant parfaitement. Les pots grossissent exponentiellement, donc peut-être devrions-nous en théorie miser au flop 75% des fois où nous avons relancé préflop, miser au turn 25% des fois où nous avons été suivi et 50% des fois où il n’y a eu que des checks au flop, miser à la river 10% des fois où le turn est suivi et 20% des fois où il n’y a eu que des checks au turn, le tout mélangé avec des bluffs appropriés. Dans la pratique, nous fixons ces fréquences pour exploiter des adversaires précis, mais je pense que l’analyse de ces questions en général peut nous aider à comprendre comment (mieux) le faire.